Le 16 mars l’annonce est tombée : désormais on reste chez nous. Crise sanitaire internationale, pandémie, le Covid19 a bouleversé le quotidien de toute la planète : c’est le confinement. On n’y aurait jamais cru… Et l’issue, le déconfinement, est loin d’être organisée, planifiée ou même imaginée. Ce qui secoue c’est qu’on ne sait pas. Lorsque la situation évolue au jour le jour, même le plus puissant des modèles mathématiques ou des algorithmes n’aide en rien.

Alors on avance en tâtonnant.

Avec le confinement, on a appris des choses

Oui, ce confinement nous aura appris pas mal de choses sur la vie et le travail.

Et les changements se situent à tous les niveaux :

  • dans notre façon de travailler.
  • sur l’organisation à distance,
  • sur les acteurs indispensables,
  • concernant notre rapport au temps,
  • vers la famille et les proches,
  • et enfin sur la solidarité.

Peut-être que c’était cela qui nous manquait finalement pour avancer. Loin de moi l’idée de dire que cette pandémie est un bienfait ! Mais en revanche les conséquences du confinement peuvent peut-être permettre d’avancer en pratique sur un terrain théorique : celui de la responsabilisation.

Télé-travailler

Depuis quelques années, certaines entreprises se sont organisées pour permettre à leurs salariés de télétravailler. Quelques jours par mois, à mi-temps ou de façon exceptionnelle, elles sont peu nombreuses en France à avoir sauté le pas. Alors que 61% des français aspirent au télétravail, ils n’étaient que 25% à le pratiquer en 2017 selon l’étude Malakoff Humanis…

Pour lire l’étude complète de Malakoff Humanis sur le télétravail

Un sacré gap, non ?

Le frein majeur ? La perte de contrôle

Je m’explique.

Comme moi, vous avez certainement entendu des managers être contre le télétravail car ils avaient peur que leurs collaborateurs passent leur journée devant Netflix plutôt que devant leur ordinateur. Un mythe ? Pas du tout. Certaines de nos organisations en sont encore à gérer leurs employés comme s’ils étaient de petits enfants. Mais n’est-ce pas le rôle des parents – si l’on reprend cette image – de donner de l’autonomie à leurs petits ?

Chez TheWizAdviz, dès le départ nous avons adopté le télétravail : l’une est à Aix-en-Provence, l’autre à Paris. Pas le choix ! Nos clients résident dans toute la France et nous parvenons parfaitement à travailler à distance et à créer du lien. 

Plus qu’une simple organisation

Le télétravail demande bien plus aux entreprises qu’une simple adaptation de l’organisation matérielle… Outre le fait d’équiper les employés d’ordinateurs portables ou de connexions sécurisées à distance, cela veut dire aussi que toute la chaîne de management de l’entreprise doit s’adapter et se réinventer pour apprendre à accompagner les salariés à distance. C’est sans doute ça le plus difficile : cela remet en cause les habitudes longuement ancrées de chaque organisation. Et qui dit changement, dit résistance.

Finalement est-ce que la proximité géographique est un gage d’engagement des équipes ? Pas du tout. Si mon manager ne passe la tête dans mon bureau qu’une ou deux fois par jour, juste pour vérifier ma to-do-list, qu’est-ce que ça change si je travaille de chez moi ou sur place ? Absolument rien.

En revanche, un manager à l’écoute, capable de donner du sens et de s’adapter à son équipe, saura le faire à distance. Cela n’a rien à voir avec la proximité physique, cela a tout à voir avec l’humain.

Un des grands bénéfices du télétravail est la diminution des réunions interminables et improductives où finalement rien ne se décide. Une des grandes pertes est le lien social entre les collaborateurs. On a beau dire, mais les discussions de machine à café permettent souvent aux équipes de débroussailler un sujet épineux, de désamorcer des incompréhensions et de trouver des solutions communes.

C’est à mon sens sur cette problématique que les entreprises devraient se montrer créatives plutôt que sur le contrôle des tâches effectuées au jour le jour par leurs collaborateurs en télétravail. Et c’est sur ce point que les collaborateurs devraient les aider. Dans ce domaine, la sortie du confinement devrait porter quelques fruits.

Expérimenter le temps long

Pendant le confinement, une de mes amies me faisait remarquer (sur Skype, évidemment !) qu’elle était beaucoup plus lente qu’avant… Elle est chef de projet, elle télétravaille depuis le début du confinement, elle maîtrise son domaine. Mais elle s’est surprise de voir que durant ces 2 mois, son rythme n’était plus le même…

Est-ce un mal en soi ?

La situation actuelle de pandémie est un facteur fondamental de ce nouveau rapport au temps. Nous vivons au jour le jour : le gouvernement nous a annoncé 15 jours de confinement, puis 15 jours de plus, puis un mois supplémentaire, et enfin un déconfinement conditionné… Et personne ne peut prédire comment ni quand nous sortirons totalement de la zone de risque.

Personnellement, je ne m’ennuie jamais. J’ai beaucoup de hobbies et de passions, un métier, deux ados que je dois tenter de faire bosser et tout le reste… En réalité, j’ai fait énormément de choses pendant cette période et notamment tout ce que j’avais laissé de côté pour les faire « un jour ». Mais je me rends compte que ce confinement m’a aussi appris à faire des choix, à mettre des priorités sur ce qui était réellement important et ce qui ne l’était pas. Un sélection naturelle des tâches en somme. Et finalement, j’ai le temps !

Donc le temps reprend ses droits

Nous sommes toujours autant sollicités de toutes parts par des informations contradictoires – vraies et fausses, d’ailleurs ! – mais c’est comme si notre cerveau s’était mis en pause pour nous permettre de vivre chaque jour l’un après l’autre. Je ne parle pas de procrastination, non. Je parle de la vitesse de traitement et de réalisation. Aujourd’hui réaliser une tâche sur 3 jours au lieu de la faire en 2 heures, c’est possible. Et ça ne change rien.

 

Trouver l’impulsion

C’est sans doute ce qui aura été le challenge de cette période particulière de confinement : conserver la motivation. Que ce soit pour la vie quotidienne, le sport, le travail, les devoirs des enfants… Notre capacité à nous motiver est mise à rude épreuve !

L’incertitude du jour d’après aurait tendance à nous plomber.

L’incertitude, c’est le sujet de l’excellent article d’Olivier Sibony pour Philonomist à déguster ici

Ce nouveau « temps long » a eu un impact sur ma motivation. Je ne sais pas pourquoi, pour moi, être motivée est synonyme d’urgence. Quand j’ai envie d’accomplir une tâche, que j’y crois, que je visualise son aboutissement, le temps s’accélère d’autant. Il y a cette impression de vitesse, ce sentiment d’efficacité qui me plait…

Et si le temps du quotidien s’étire, on sort de cette zone d’urgence créative.

Donc pour rester motivés il a bien fallu que nous apprenions à être créatifs !

Redevenons créatifs !

Mon truc à moi est tout simple : je pense à l’action que je vais faire et je la découpe en tout petits morceaux. Je la décortique comme une langoustine. Une langoustine très complexe au début qui devient une succession d’actions toutes simples. Et lorsqu’il ne reste qu’une liste de petites tâches, je choisis la plus facile et je commence. Ensuite, tout s’enchaîne et j’ai la satisfaction d’en avoir accompli un nombre considérable !

Une de mes amies m’a décrit le sien : lorsqu’elle aimerait aller courir mais qu’elle sent qu’elle a des pieds de plomb, elle enfile ses baskets. Dans un premier temps elle reste chez elle… Au bout d’un moment, comme elle a ses baskets aux pieds, ça la motive et elle finit par se mettre en route. Et la première chose qu’elle fait lorsqu’elle arrive en bas de son immeuble, c’est de respirer en regardant le ciel. C’est que qui lui donne l’inspiration et la motivation pour faire le premier pas.

Pour rester motivés, chacun notre petit truc. Que ce soit pour se mettre au boulot ou démarrer un footing, c’est le premier pas (ou la première langoustine) qui nous entraîne…

 

Créer des rituels

C’est un paradoxe. Nous sommes tous restés confinés chez nous et pourtant, nous n’avons jamais autant communiqué ! Conf call, apéro Skype (ben oui…), échanges en groupe sur WhatsApp, Hang Out, point FaceTime et j’en passe…

Tous ces outils numériques qui auparavant participaient à accélérer notre quotidien – souvent trop ! – et à nous éparpiller, ont trouvé une nouvelle utilité. Ils nous permettent de nous rapprocher les uns des autres et ils sont au centre de nouveaux rituels.

Qui d’entre vous ne s’est pas rapproché de sa famille, de ses amis, de ses collègues ou encore de ses voisins durant ces 2 mois ? Nous nous sommes recentrés sur ce qui était important : les relations humaines. Elles n’étaient pas toutes superficielles auparavant, mais elles étaient peut-être moins fréquentes et moins sincères.

Incertitude imposée

Avec le confinement, c’est à la fois la co-existence constante et l’incertitude qui nous ont été imposées. Seule solution pour nous permettre de nous ancrer dans la réalité et de maîtriser notre rapport au monde : le rituel. C’est ce qui nous rassure. La création de rituels spécifiques nous a permis de ré-apprendre à vivre ensemble, dans notre cellule familiale par exemple, ou à vivre l’éloignement, avec nos amis, collègues, famille…

Certains d’entre nous ont choisi de conserver leurs horaires, d’autres ont lancé des rendez-vous hebdomadaires avec leurs amis, d’autres – avec enfants – ont dû s’adapter à faire la classe à la maison, avec plus ou moins de succès, en tout cas en ce qui me concerne ! Dans ma famille, nombreuse et très éparpillée, nous avons échangé tous les jours sur WhatsApp. Nous avons imaginé un petit concours photo quotidien « vu du balcon ». Chacun participe quand il en a envie et poste des photos de son environnement. On se félicite, on se compare (chanceux sont ceux qui ont vue sur la mer ou sur la piscine !) et on croque un petit morceau de vie quotidienne des uns et des autres.

Retrouver du sens

Le fait marquant de cette période spéciale de confinement, en tout cas pour moi, c’est que l’on s’est rendu compte de ce et ceux qui était importants. Applaudir les soignants tous les soirs à 20h, c’est d’une part reconnaître qu’ils sont indispensables mais c’est aussi créer du lien avec ceux qui sont à leurs balcons juste à côté et qu’on n’a jamais remarqués. Mais applaudir les soignants c’est aussi applaudir, pour une fois, tous ceux dont on ne peut se passer au quotidien : caissières et caissiers, éboueurs, commerçants de proximité… Tous ces gens dont nous avons eu le plus besoin et que nous ne remarquons même pas en règle générale. Ceux qui ont des boulots précaires, à temps partiel, en CDD, en intérim ou payés au SMIC. Tous ces gens étaient là, tous les jours. Et nous pouvons les remercier aussi.

Se prendre pour Pablo Escobar

Dans mon quartier bobo parisien (que j’adore !), la solidarité s’est organisée. Tout en respectant à la lettre les consignes et les gestes barrière, le système D s’est mis en place : avec les pénuries de début de confinement, on manquait de ci ou de ça. Donc on a fait des échanges… Sur les bancs autour de chez moi – à bonne distance néanmoins – il n’était pas rare de croiser des voisins poussant un sac l’un vers l’autre avec ce qui manquait. Je me suis prise pour Pablo Escobar le jour où je suis rentrée à la maison avec 500gr de farine dans un sac congélation !
Une petite dame de mon immeuble m’a croisée un jour avec mon masque en tissu fait maison. Elle m’a dit qu’elle n’en trouvait pas, du coup elle n’osait pas sortir. Rentrée chez moi je lui en ai cousu un et je suis allée le lui porter : elle m’a tellement remerciée que je crois bien que je lui ai fait le plus beau cadeau de sa vie…

 

Le déconfinement n’a pas apporté plus de certitudes, il reste prudent. Et nous devons rester prudents. Nous devons rester prudents pour notre santé mais nous devons aussi rester prudents sur notre soif de retrouver le monde d’avant.

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